Alors on danse à la marocaine

Alors on danse, à la marocaine !

Le débat revient pour la 15ème fois consécutive, comme chaque année à la même période. Cette période a toujours été assimilée aux examens de fin d’années, aux soutenances, aux fêtes de fin d’année, et depuis quelques temps au mois sacré qu’est le Ramadan. Néanmoins l’opinion publique tient des discussions qui tournent principalement autour de ce festival, un festival parmi d’autres. Peut-être parce qu’il s’agit du plus important, en termes de vedettes comme en termes de sous, peut-être aussi parce qu’il a lieu à la capitale, symbole de l’Etat marocain dans toutes ses splendeurs. Peu importe pourquoi, ces débats stériles ont et auront probablement toujours lieu.

D’un côté il y a ceux qui crient haut et fort à l’injustice et l’incohérence entre des festivités de cette ampleur et la situation de certains marocains. D’un autre se trouvent les « fans ». Cette catégorie se divise à son tour en plusieurs typologies. Il peut s’agir du jeune cadre fier d’être passé de la bourse trimestrielle à un salaire plus ou moins supérieur au SMIC. Celui-ci voudrait faire gonfler cet effet d’ascension sociale en s’achetant une place à un concert d’un chanteur dont il ne connait au pire que le nom, et au mieux les refrains. Comme il peut s’agir d’adolescents avides de nouvelles sensations qui veulent vivre un concert et ressembler davantage à leurs héros. Soit ils ont la chance, si l’on peut l’appeler ainsi, d’avoir des parents « branchés » qui les autorisent à y aller –non accompagnés bien évidemment car ces parents-là n’ont pas le temps. Soit ils feront le choix de raser les murs ou inventer un scénario de nuit blanche de révisions chez la copine pour passer un moment de folie devant la scène, ou pas d’ailleurs. Et enfin il peut s’agir de schizophrènes victimes de la société de la pudeur et du « cache-toi et fais ce qui te plait ». C’est la pire catégorie de toutes, ces personnes aiment bien animer les discussions de café à propos des méfaits de Mawazine pour ne pas le nommer, mais se permettent tout de même une petite soirée parce qu’elles ont un faible pour l’artiste qui la tient.

Cette édition s’achèvera une fois de plus avec ses déhanchés dénudés, ses paroles fulgurantes, ses bruits assourdissants et ses drapeaux offerts à tort et à travers. Les débats seront mis en suspens jusqu’à l’année prochaine, aucun boycott ne peut réussir dans une société assoiffée de danse et de chant. Les artistes feront quelques interviews montrant leur satisfaction des hôtels étoilés dans lesquels ils auront séjourné, ils exprimeront au passage leur admiration des souks marocains et leurs couleurs, totalement inconscients de ce que cache chaque vendeur comme douleur. Le jour où les choses iront mieux sera le jour où les paroles se transformeront en actes, et en actes cohérents avec ces paroles de préférence…

En attendant… eh bah on danse !