Pourquoi les jeunes se désintéressent-ils de la politique ?

Le Maroc approche, à grands pas, d’un rendez-vous politique majeur, à savoir les élections communales. La participation  des citoyen-nes est cruciale. Cependant, il semblerait que les jeunes restent déterminés à boycotter les urnes et surtout les partis politiques. Ceux-ci ont manifestement perdu toute confiance en ces mêmes acteurs politiques qui sont censés les représenter et défendre leurs intérêts. Les jeunes marocains ne semblent plus croire en la capacité des politiciens à être de vrais vecteurs de changement.

Aujourd’hui, la scène politique souhaite se réconcilier voire même s’allier avec les jeunes afin de s’aligner avec les nouvelles dispositions constitutionnelles qui mettent l’accent, et clairement, sur l’importance de la participation des jeunes à la sphère politique au Maroc dans la consolidation du processus démocratique du Royaume.

Bien que la jeunesse marocaine représente actuellement plus du tiers de la population, elle reste très faiblement présente et représentée dans la sphère politique en général. En effet, seulement 2% des jeunes marocains participent aux processus de prise de décision et seulement 1% font partie de partis politiques ou de syndicats.Nouabook.ma

Nouabook.ma et AssoActu.ma ont eu le plaisir d’inviter des jeunes citoyen-ne actif-ve à partager leur avis sur ce phénomène sélectionnées avec soin par nos équipes, et ce pour éclairer l’opinion publique, plus particulièrement les citoyen-nes engagé-es où désirant s’engager dans la gestion de la chose publique.

Nous avons interviewé des jeunes citoyens actifs que nous remercions pour leur coopération et leur réactivité. Découvrez ci-dessous leurs réponses !

 


Mohamed Reda DeryanyMohamed Reda Deryany
, jeune avocat :

« Il est vrai qu’une portion non négligeable des jeunes ne cachent pas leur indifférence par rapport à la scène politique. Mais je pense qu’une conclusion à tirer de ce constat inductif serait hâtive et biaisée pour de nombreuses raisons.

D’abord, ce ne sont pas uniquement que des jeunes qui se désintéressent de la sphère politique. Toutes les tranches d’âge, à des proportions différentes, expriment leur indifférence par rapport à la scène politique.

Ensuite, il importe de remarquer que les partis politiques qui présentent des programmes incongrus et soutenables s’intéressent souvent à des réformes structurelles et conjoncturelles plus qu’à une politique sectorielle qui viserait les jeunes plus particulièrement.

Enfin, je pense que le discours que tiennent certains politiciens est entièrement en décadence avec la mentalité des jeunes et de leurs vraies attentes pour un Maroc meilleur. »

Safae Chougrani, jeune engagée : Safae Chougrani

« Il est surprenant de voir à quel point les thèmes politiques reviennent dans toutes les discussions autour d’un café bas de gamme ou lors d’un dîner de mariage voire même de funérailles. Or il est tout aussi surprenant de voir qu’une grande majorité de ces mêmes personnes n’est même pas inscrite aux listes électorales.

Une situation paradoxale qui montre à la fois un intérêt et un désengagement vis-à-vis de l’avenir politique du pays, à cause d’un présent qui leur semblerait beaucoup trop morose. Le jeune marocain a en effet décidé de se mettre dans la peau du spectateur critique à l’esprit vif, un phénomène qui n’a fait que s’amplifier avec l’évolution des réseaux sociaux et les plateformes de communication. Pire encore, tout le monde aspire au changement, sans que quelqu’un se décide enfin à le commencer vraiment. Il est vrai que d’un premier abord, on pourrait penser que c’est la faute au gouvernement décevant et du déclin économique et social visible ici et là. Mais moi je dirais qu’il s’agirait plutôt d’ambitions qui manquent terriblement de volonté et de courage. Il est tellement plus facile de viser les autres du doigt… »

 

Soumaya Erregragui, jeune étudiante active dans la vie associative : Soumaya Erregragui

« La jeunesse marocaine se retrouve malheureusement très peu confrontée à la politique et ce pour plusieurs raisons que je vais essayer d’expliciter ci-dessus.

Selon moi les jeunes au Maroc ont non seulement peur de revendiquer leurs droits mais en plus de ça ils participent à la politique d’inconscience qu’encouragent les dirigeants, et parmi les jeunes ayant acquis une certaine conscience et une certaine maturité nous retrouvons trois clans, ceux qui trouvent que le Maroc et la politique ne peuvent pas s’allier et s’écartent de tout, ceux qui se retrouvent au milieu de la scène politique et intègrent des partis ou participent aux élections et ceux qui veulent participer au changement mais à travers le militantisme et non la participation à des jeux politiques jugés non démocratiques.

Le système éducatif marocain n’impose aucune formation politique et ne participe guère à l’émancipation des élèves et des étudiants dans le domaine politique, les médias qui ne jouissent d’une indépendance que minime utilisent un langage mensonger et se focalisent sur l’information qui va épuiser les stocks par leur clientèle déjà définie plutôt que d’attirer les jeunes et rester neutres.

Il y’a aussi les événements de l’année 2011 et le soulèvement des peuples opprimés où a apparu le mouvement du 20 février revendiquant des droits légitimes et là le Maroc aurait pu avoir un rendez-vous avec la démocratie s’il n’avait pas opté pour la répression des manifestants et des militants du mouvement qui continent jusqu’à aujourd’hui à payer le prix de leur activisme. En 2011 toujours et après la réforme constitutionnelle et les élections de novembre les jeunes s’attendaient à un changement réel qui pourrait les pousser à retrouver confiance en la politique, chose qui a échoué, malgré le développement du sens de la critique chez la jeunesse mais cette critique reste superficielle et non constructive, les gens et parmi eux les jeunes s’attaquent aux personnes et aux noms et ne veulent pas analyser la situation en profondeur et comprendre que les partis ne sont que des acteurs et leurs rôles varient.

Les secteurs de la santé et de l’éducation restent des secteurs en catastrophe ou aucun changement positif n’est remarqué  malgré les changements au sein du gouvernement et les décisions prises. Comment un jeune pourrait-il penser à participer aux élections ou à rejoindre un parti alors qu’il n’a droit ni à une éducation digne de ce nom ni à être soignés comme il se doit ?

Les universités sont encerclées par la police et des étudiants sont réprimés et arrêtés lorsqu’ils revendiquent leurs droits de bases alors que des agresseurs circulent librement à longueur de journée et les citoyens ont besoin d’une sécurité quasi inexistante.

Le Maroc est aujourd’hui confronté à de très grands problèmes qui laissent les jeunes fuir la scène politique, les élections sont synonymes de corruption et d’échec et il n’y a pas de changements  remarqués et tangibles par les masses en général pour changer ce fait. »

Asma Karim, Jeune étudiante : Asma Karim

« La socialisation politique commence tout d’abord par les parents, qui sont eux même  réticents à l’engagement politique, il s’agit d’un héritage de connaissances amassées d’une manière hétéroclite ce qui a donné une génération majoritairement dépolitisée  ou au moins constituait  un repoussoir pour leurs enfants.ces derniers ne s’ouvrent sur la vie politique qu’au niveau universitaire où ils constituent une vision ambigüe de cet univers, sans esprit critique.

Il ne fait l’ombre d’aucun doute qu’avec l’internet et  les réseaux sociaux, les jeunes s’expriment plus et bénéficient de la possibilité de s’ouvrir sur des exemples de gouvernance réussis, mais leurs réaction ne dépassent  pas l’expression de leurs opinions sur les méthodes de gestion des affaires publiques, sans se dévouer entièrement. Quand à la participation à la prise de décision ,ils restent passifs et cela  est dû  au refus  d’être catalogués sous une étiquette ou embrigadés dans un parti dont ils ne partagent pas les orientations à 100%.les partis sont assimilées à  des entreprises de marketing et l’adhérent potentiel craint d’être manipulé et utilisé comme un pion dans une stratégie qui le dépasse.

En plus les représentants élus donnent une image négative de l’environnement politique dans la mesure où les discours sont loin d’être transformés en actions ce qui crée un climat de méfiance grandissante.

Aujourd’hui , l’enjeu politique est une question de survie , Parce que comme Nicolas Machiavel a dit : «  Tout n’est pas politique, mais la politique s’intéresse à tout. « et si on n’est pas satisfait de la situation actuelle ,on en sera jamais en laissant les autres décider pour nous , commençant par une lutte contre notre analphabétisme politique ,soutenue par  le développement des espaces de débat avec les hommes politiques, ce qui  fera preuve de  leur proximité permanente des citoyens ,hors les périodes des compagnes électorales ; la création d’un tel canal de communication inculquera une culture d’ engagement des citoyens et des jeunes en particulier .on doit se sentir concernés pour pouvoir  participer au changement ostensible des choses ! »

Hakim Filali Baba, jeune étudiant : Hakim Filali Baba

« Les jeunes marocains du 21ème siècle ont tendance à se désintéresser de la politique du fait que la politique ne s’intéresse pas eux (ou pas assez) ! Il va de soi que ce désintérêt provienne du manque de connaissance du domaine ; faire de la politique ne veut pas dire être beau parleur, réclamer à haute ce dont a besoin notre pays et lancer des promesses à tout-va pour y remédier afin d’occuper un siège dans le gouvernement, le parlement ou autre entité politique. La politique est avant tout quelque chose qui requiert une certaine formation, études et apprentissages préalables. C’est aussi un état d’esprit, une vision et c’est surtout de se soucier de l’avenir de la communauté !

D’autre part, l’environnement n’est pas favorable pour susciter l’intérêt de la politique chez les jeunes ; très rare sont les fois où l’on voit un professeur discuter de politique avec ses élèves dans une école, sous prétexte que c’est un sujet « pour les grands ». Les jeunes ont donc le sentiment d’être mis sur le côté, d’où ma phrase introductive ! Si on analyse la chose d’un point de vue objectif, les jeunes se désintéressent de la politique puisqu’ils ont « mieux à faire », ont d’autres centres d’intérêt et le fait qu’il n’y ait rien qui suscite leur intérêt vis-à-vis de la politique ne peut qu’appuyer ces propos.

Dire que l’on « s’intéresse » à la jeunesse est une chose, agir en est une autre ! Les partis politiques devraient communiquer avec les jeunes et leur expliquer ce qu’est la politique et à quoi elle sert (s’ils en sont capable déjà…). Il faudrait aussi pouvoir encourager les jeunes à formuler des propositions pour les impliquer et leur montrer qu’un intérêt particulier est porté à leur égard. »

Hanane Dghoughi, jeune étudiante : Hanane Dghoughi

« Multiples sont les raisons de la réticence des jeunes de prendre part à la vie politique. Parmi ces raisons, certaines sont subjectives, d’autres plus objectives. L’activité politique est un acte volontaire. Cette activité dépend de conditions favorisant ou limitant cette participation compte tenu de la liberté d’expression, ainsi que de l’intérêt que les jeunes portent à la vie publique. La relation des jeunes au monde politique reste celle de l’incompréhension et de l’indifférence et ce malgré les signes d’ouverture politique. Les recherches menées jusqu’à aujourd’hui révèlent une hausse de l’abstention et une diminution de l’engagement des jeunes dans les formations politiques traditionnelles, ainsi qu’une meilleure compréhension de la relation des jeunes à la politique et à tout ce qui est public en général.

D’autre part, le comportement des partis politiques marocains révèle  un certain nombre de contradictions. En effet, ces partis déclarent ouvertement leur volonté de rallier les jeunes en leur donnant des responsabilités au sein des partis ; en fait, aucun poste ne leur est réservé au sein du Comité national ou du Bureau central. Mais même s’il y avait un ou une jeune à un poste de responsabilité, on se rend compte avec le temps que les activités sont dominées par les relations familiales. Ces dernières font partie des premières raisons de l’aversion des jeunes à participer à la vie politique, car elles symbolisent l’abandon du principe de démocratie au sein des partis politiques.

En outre, la plupart des jeunes sont convaincus de l’inutilité de l’engagement dans le processus politique, compte tenu de ce qu’ils voient dans la réalité concrète: les pratiques irresponsables et opportunistes flagrantes de la part de certains leaders de la lutte politique, tels que l’attachement des leaders de partis aux postes de commande de manière bureaucratique, le fait de ne pas vouloir accorder aux jeunes membres des partis politiques, la possibilité de se porter candidats aux élections législatives, leur imposer la tutelle des instances dirigeantes du parti, l’absence de programmes clairs et distincts, clairement différenciés des autres partis. Tout cela, nous l’attribuons au vieillissement des leaders et au non-renouvellement des élites, qui engendre la stérilité du travail des partis. »

Faysal Ziza, Jeune actif : Faysal Ziza

« De nos jours l’absence de la jeunesse sur la scène politique marocaine, est un fait et personne ne peut le nier, et ce contrairement aux générations précédentes, contrairement à leurs parents, qui eux dans les années 70 jusqu’aux années 90, s’engageaient  massivement dans le monde politique, en intégrant des partis, des syndicats ou ne serait ce qu’en participant aux unions estudiantines universitaires. Une période marqué par la montée des idéologues socialistes, ce qui avait créer la volonté et l’espoir de voir la société changer et évoluer, ce qui rendait la mobilisation des jeunes beaucoup plus facile que maintenant ! L’esprit de l’engagement n’était pas si difficile a inculquer que maintenant.

Au contraire de leur aîné, aujourd’hui les jeunes, vais je dire, ont « tout trouvé », le combat mené par leurs aînés a donné ses fruits, nous vivont aujourd’hui dans un Maroc démocratique, un maroc en perpétuel développement, ce qui a fait de cette génération, une génération qui aime les choses faciles …

Ça d’un côté, d’un autre les jeunes aujourd’hui ont trop de divertissements devant eux, entre Facebook, YouTube, Tinder et la télé les jeunes n’ont plus vraiment le temps ni de volonté pour voir ce qui se passe derrière la fenêtre de leur chambre, ils se contentent de regarder derrière leur fenêtre Windows … Et même quand ils essaient,  ils se dirigent vers la presse électronique et les page Facebook,  et si seulement ces médias étaient des plateformes « constructive, « educative » et « objective », je ne generalise pas, mais la majorité des e-journaux ne font que critiquer le système, critiqué le gouvernement, on a inculqué a notre génération, que c’est a l’état de tout faire, c’est a l’état de prévenir les intempéries et bâtir les infrastructures, on balance tout sur le dos de l’état, je ne dis pas que c’est pas leur rôle, mais le gouvernement a des limites, on peut pas tout attendre d’eux, on doit être solidaire, s’entraider comme on peu. C’est la où vient le rôle des associations, le rôle de la cohésion sociale, on doit savoir s’entraider. Les dernières inondations en sont le parfait exemple, différents groupes et associations se sont mobilisés pour venir en aide au sinistrés, de magnifique actions en étaient menées, la #SolidAction, #100DhPourAider, et d’autres caravanes humanitaires ont vu le jour,

Aujourd’hui la jeunesse marocaine, n’ont pas que perdu confiance en les politiciens et les partis politiques, mais la plupart d’entre eux déclarent ne rien comprendre en politique, les jeunes ne veulent rien comprendre en politique, le climat politique appaisant dont lequel vit le Maroc et les marocains, ne leurs donnent pas une raison de s’engager, ce que nos jeunes n’ont pas encore saisis et que c’est eux les politiciens de demain, c’est eux le Maroc de demain.

Je ne dis pas que les partis politiques n’y sont pour rien, car eux aussi ne donnent pas une réelle et concrète importance à la jeunesse, on entend que très rarement parler de la section jeune d’un parti, par contre lors des manifestations et les élections c’est aux jeunes qu’on fait appel en premier. Les partis négligent leur jeunesses , on fait pas confiance aux jeunes, au lieu de les aider, on leur crée des moyens de divertissements pour les éloigné le plus possible de la scène politique, je dirais que les partis ont peur du changement et les jeunes quant à eux n’ont pas encore compris que c’est eux le changement.

Le désengagement des jeunes est malheureusement une réalité, mais nous sommes tous responsables. Les partis, medias, système educatif, associations et nous les jeunes. »