Prostitution ou substitution ? – Safae Chougrani

De quelle économie parle-t-on lorsque l’on dit que cette dernière est fondée sur la prostitution ?

            La prostitution au Maroc est loin d’être un choix, nous sommes encore loin de la prostitution de luxe qui est adoptée comme mode de vie. Nous sommes encore au point où la prostitution est considérée comme une issue unique face à des situations on ne peut plus précaires. A tel point que la plupart de ces jeunes filles ne se rendent même pas compte que tout ce qu’elles encaissent en soirée, elles le dépensent en journée pour se préparer à la soirée suivante. Rares sont celles qui s’assument et tiennent à continuer sur cette voie sans fin.

Parfois c’est juste le manque de communication, un enchaînement de petites erreurs, une vient pour en cacher l’autre, jusqu’à ce que la fille se retrouve coincée dans une image de laquelle elle ne pourra plus jamais se débarrasser face à une société qui ne vit que pour et par les que dit-on. Parfois le malheur commence par une agression enfouie, par excès de peur ou de honte, mais surtout de l’ignorance. Tel est le cas de ces enfants qui croient encore en la protection de ce voisin moustachu ou cet épicier rigolo.

Cette réputation largement injuste on la doit aussi et surtout aux entremetteurs, ces êtres sans vie et sans âme qui s’amusent à jouer sur les envies des uns et les besoins des autres pour boucler des affaires rentables. Au lieu de diriger un enfant vagabond vers une école ou une association, on l’emmène droit vers le mur. Le mur d’une villa qui abrite mille et un crimes contre l’humanité, sans armes ni fumée, si on exclut celle des narguilés aux parfums enivrants. Au lieu d’apprendre aux jeunes femmes de s’assumer en apprenant un métier honorable et rentable, on les pousse vers la facilité qui paie cher, avant qu’elles-mêmes ne le paient cher.

Jamais un pays ne pourra booster son économie par un métier qui n’est exercé que par dépit. De toute manière, ce ne sont pas les petits dirhams notés sur le carnet de l’épicier qui vont nous faire tomber en crise ou nous en sortir.