Soigner les cœurs avant les corps – Anas OULMIDI

La médecine est l’un des métiers les plus nobles qui soient, voire même le plus noble de tous. Au-delà des études longues et fatigantes, au-delà du serment engageant, notre jeune actif interviewé a trouvé le courage de s’engager bénévolement dans l’associatif. Il nous raconte ses débuts, ses convictions et ses rêves quant à la situation sociale de ses patients et l’avenir de l’associatif au Maroc : Anas OULMIDI, président de l’association Lueur d’Espoir.

AssoActu : Sous la casquette du médecin militant, qui est réellement Anas OULMIDI ?

Anas OULMIDI: C’est toujours très difficile pour moi de parler de moi-même, pourtant je ne suis pas timide…. Si je devais dire quelque chose à propos de ma personne, c’est que je suis un jeune médecin interne qui essaie autant que mal d’améliorer le quotidien de santé dans lequel il évolue.
Ce travail ne peut se faire seul mais en équipe et j’ai une chance inouïe de pouvoir évoluer au sein d’un groupe formidable, qui n’hésite pas à se donner à 100% pour la réussite de nos projets.
A : L’engagement associatif était-il un choix réfléchi ou une réaction
d’urgence ?

A.O : Lorsque l’on travaille dans un hôpital, dans notre contexte, et ayant ne serait ce qu’un minimum de sens du devoir, on ne peut que s’engager pour essayer d’améliorer une situation des plus déplorables, malheureusement.
En effet, être médecin c’est être confronté quotidiennement à la souffrance physique ou psychique des patients, et on se doit de gérer cette situation, mais lorsqu’on exerce dans un hôpital public du royaume, on se retrouve aussi face à un autre type de souffrance : la souffrance sociale… Des malades nécessiteux, venant de loin et qui découvrent avec stupeur que l’hôpital public n’est pas gratuit… On ne peut pas rester sans faire plus que le simple travail technique médical, il faut tenter de les aider et ne pas les abandonner à leur sort.
Je dirais donc que l’engagement associatif a été un choix réfléchi face à une situation d’urgence.

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A : Entre vos études et l’association, vous en sortez-vous au niveau de la
gestion du temps et des efforts ?

A.O : Les études médicales sont très difficiles, ce n’est un secret pour personne, j’en suis au début de ma 8ème année et il m’en reste presque autant. Ce sont des études très gourmandes en temps, entre les gardes, le service, le bloc opératoire, les dossiers et les recherches…

Mais comme dit précédemment, l’engagement humaniste dans notre domaine n’est quasiment pas un choix, face à ce à quoi nous sommes confrontés quotidiennement… Donc même si le temps manque, il est nécessaire d’en trouver malgré tout.

A : La lueur d’espoir, vous arrivez à la voir dans les yeux des patients ?

A.O : On essaie humblement de faire ce qu’on peut pour aider, et on est bien sûr très heureux lorsque l’on aperçoit que dans l’œil du patient il commence à percevoir un petit espoir, cette lueur d’espoir, mais il est de notre devoir à tous de ne pas laisser cet espoir au stade de lueur, le développer jusqu’à ce qu’il devienne réalité.

A : Avez-vous prévu d’élargir le réseau « Lueur d’espoir » ?

A.O : L’association Lueur d’espoir a débuté en Mars 2005 à Marrakech, il y a donc bientôt 10 ans, et elle a pu développer un réseau d’associations Lueur d’espoir créé par des jeunes issus de Lueur d’espoir Marrakech ou qui ont voulu réitérer l’expérience réussie de Marrakech. Aujourd’hui il y a 11 Lueur d’espoir : Marrakech, Béni-mellal, Oujda, Fes, Casablanca, Safi, Agadir, Kalaa-de-sraghna, Tinghir, el Jadida et Paris.

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A : Comment imagineriez-vous la société civile au Maroc dans 50 ans ? 

A.O : La société civile est à mon sens un pilier fondamental du bon fonctionnement de tout pays, les citoyens doivent pouvoir s’engager selon différentes modalités : s’engager dans leur travail, s’engager politiquement et s’engager dans la société civile.
L’engagement au sein de la société civile est une véritable école de citoyenneté et les biens faits sur l’ensemble de la société sont innombrables et sur différents niveaux : social, culturel, sportif, etc.
Dans 50 ans, je suis certain que le Maroc verra la présence de grandes associations capables de corriger les manques et les faiblesses dont souffrent encore les marocains.

A : Un conseil pour que les jeunes marocains gardent espoir ?

A.O : La citoyenneté est le devoir de tous, mais la solidarité, la fraternité et le soutien sont des choix propres à chacun de nous. Ainsi, avec notre volonté, notre effort et notre motivation, nous parviendrons à mettre au service des plus démunis toutes les qualités qui nous permettront d’améliorer leur situation. On devient, à partir de ce moment là, des acteurs et non de simples spectateurs du changement qui  s’opère dans notre société.